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Alpha Blondy, « voix des sans voix » charge les « présidents-marionnettes »

En mars 2002, le bureau d’Abidjan de l’Agence France Presse (AFP) annonce la sortie de l’album « Merci ».

ABIDJAN, 12 mars (AFP) – 2h47 – La tête dégoulinante de dreadlocks, le chanteur reggae ivoirien Alpha Blondy « Jagger » est assis sur un banc, au milieu de dizaines de fans, dans le jardin devant sa résidence d’Abidjan, une bâtisse incroyablement baroque surplombée d’un dôme.
A 49 ans, la « voix des sans voix » prépare la sortie le 26 mars de son 16è album, « Merci ». Après deux décennies de carrière, Blondy, plusieurs fois consacré par des doubles disques d’or, d’argent et de platine, poursuit dans ses chevauchées solitaires avec ses 12 nouveaux titres. « Merci » c’est « merci à Dieu et aux personnes qui de près ou de loin ont contribué à construire cette carrière, qui de leur amour m’ont donné le kérosène nécessaire pour la faire avancer », explique le rasta devant son immense maison marquée d’un large « Gloire à l’Eternel ».
Puis provocateur, il s’élance: « merci aussi aux ennemis! parce que leurs critiques ou leurs contre-vérités nous permettent de nous parfaire ».
En dépit de ce « Merci », Blondy n’échappe pas à son péché mignon: la critique des chefs d’Etat « marionnettes » dans deux titres politiquement engagés, « Politruc » et « Feu ».
« Les choses vont de mal en pis/ quel que soit ce qu’on leur dit/ les politiques n’ont rien compris/ 80% de nos présidents sont des marionnettes, l’Occident tire sur les ficelles/ les marionnettes font du zèle ».
Dans « Feu », « je dis vous jouez avec le feu/ (…) parce que vous jouez dangereusement avec le feu/ vos querelles sempiternelles font la louange de la géhenne/ avec vos querelles personnelles vous nous éclaboussez de votre haine/ et vaut mieux une fin effroyable qu’un effroi sans fin/ vous vous trompez de guerre parce que vous vous trompez d’adversaires ».
Le reggaemaker part aussi en guerre contre les mines antipersonnel dans « Who are you? » chantée avec Ophélie Winter, et invite l’ONU à financer le déminage « à travers le monde ».
Sans oublier un clin d’oeil à Dieu dans « Vanité », « la méchanceté ne saurait sauver les méchants/ vaut mieux la réprimande que d’entendre le chant des insensés/ que le sage ne se glorifie pas de sa sagesse/ que le riche ne se glorifie pas de sa richesse/ et le fort ne se glorifie pas de sa force/ seul peut se glorifier celui qui a l’intelligence/ de me connaître ainsi parle l’Eternel/ Dieu créa Dieu à l’image de Dieu et par humilité il l’appela Homme ».
A l’intérieur de son palais, un énorme ventilateur sur pied ronronne dans un salon rond au milieu de grandes statues africaines. Très vite la politique et le dégoût des dictateurs reviennent sur le tapis. « Alpha Blondy continuera à sa façon de demeurer la voix des sans voix, je ne suis pas prêt de baisser les bras, je suis sans état d’âme par rapport à ce venin ».
Et quand il parle de la Côte d’Ivoire, il est amer et inquiet. Le concept de « l’ivoirité » (concept perçu comme un repli identitaire), « a semé la graine d’un futur Rwanda en Côte d’Ivoire ».
« Le père de l’ivoirité, poursuit-il (l’ex-président Henri Konan Bédié renversé par un coup d’Etat militaire en décembre 1999), s’était donné pour tâche de détruire l’oeuvre d’Houphouët-Boigny (premier président ivoirien) qui a bâti ce pays dans sa diversité pluriethnique ».
« Aujourd’hui plus que jamais on se rend compte que dans l’esprit des Ivoiriens, l’ivoirité a pris tellement de place qu’on se demande ce que le futur nous réserve ».
D’où son appel à l’ONU, à l’Union Européenne (UE) et à l’Union Africaine (UA) « pour désamorcer cette bombe maintenant, parce que lorsque les élections arriveront en 2005, il sera trop tard ».
La sortie de « Merci » sera suivie de 80 concerts dans le monde dont dix en Afrique. « Jagger » compte en outre fêter ses 20 ans de carrière par l’organisation de la deuxième édition du Festival d’Abidjan (FESTA) le 31 décembre 2002.
© 2002 AFP.


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